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« Le gardien de phare est chargé de faire fonctionner la lumière qui guidera les bateaux la nuit ou par temps de brume pour leur signaler la bonne route à suivre et les empêcher de s’échouer.

 

 Parmi ces installations, il y a les phares côtiers établis en bordure du fleuve, les piliers-phares construits en béton, les stations insulaires fixées sur une île entourée d’eau et les bateaux-phares. Dans la plupart de ces cas, le gardien sur une île isolée du Saint-Laurent doit travailler loin de la terre accompagné de sa famille. »

Pomerleau, Jeanne, Gens de métier et d’aventures, Le gardien de phare. 

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Depuis la construction du phare en 1871 jusqu'à sa démolition en 1970, six gardiens de phare ont successivement résidé avec leur famille dans la maison du gardien de phare de l'Île-aux-Oeufs. Voici les six gardiens de phare qui, pendant presque 100 ans, ont travaillé à entretenir les installations du phare de l'Île-aux-Oeufs et ont continuellement veillé sur le bon fonctionnement de sa lumière.


 « Pour devenir gardien, il faut de la débrouillardise dans les situations d'urgence, comme au moment d'un bris mécanique, alors que les contacts avec la côte deviennent des tâches du métier. Le gardien de phare ne manque pas d'occupation. Le jour, en plus de son travail, il doit entretenir la tour et les bâtiments qui s'étalent autour du phare. Cependant, son principal travail concerne le fonctionnement des lampes de nuit, ce faisceau de lumière qu'il allumait une heure avant le coucher du soleil et éteignait le matin, sauf par temps de brume. »  Pomerleau, Jeanne, Gens de métiers et d'aventures, «Le gardien de phare».

 

​​« Travaillant dans des milieux isolés et parfois hostiles, les gardiens de phares ne doivent pas seulement veiller au bon fonctionnement du phare. ​ Ils contribuent également à assurer une bonne navigation des bateaux le long des côtes, à travers les récifs et selon les marées. Les gardiens de phare doivent donc connaitre et aimer la mer. »  Les gardiens de phare: Archives de Radio-Canada, 27 juillet 2018​

Le travail de gardien de phare était fort exigeant. Quand une tempête faisait rage, le gardien passait souvent plusieurs jours et plusieurs nuits sans fermer l'œil. Les tâches quotidiennes étaient aussi nombreuses que diversifiées. Beau temps, mauvais temps, il devait :
· Allumer et éteindre le feu du phare. Par temps de pluie ou de brouillard, l'allumage était tout simplement devancé.
· Remonter, aux six ou sept heures, le système de pesée qui contrôlait la rotation du feu.
· Nettoyer les réflecteurs paraboliques et le prisme en verre.
· Remplacer et nettoyer les vitres de la lanterne.
· Polir les cuivres.
· Tenir un registre du mouvement des navires et de la température.
· Opérer le télégraphe.
· Préparer le combustible requis pour le fonctionnement de la lampe.


« Cette liste ne mentionne pas ce que nous devions faire pour assurer notre survie quotidienne. Fort heureusement, nos familles étaient là pour soutenir et nous aider. » Extrait du panneau d'interprétation du phare de Matane concernant le travail de gardien de phare.

1er gardien: Paul Côté​

 

Paul Côté, originaire de l'Île Verte, premier gardien du phare de l'Île-aux-Oeufs. Il occupe sa fonction du 4 novembre 1871 au 30 juin 1901. Selon Ferdinand Bélanger, Paul Côté est né à l’Île-Verte, le 29 mars 1840 dans le comté de Rivière-du-Loup(6). Il se marie, le 13 décembre 1866, dans la paroisse de Sainte-Hélène-de-Kamouraska avec Mathilde Michaud (1830-1916), veuve du notaire Norbert Pelletier (1820-1865) et mère de cinq enfants. 


En 1866, il exerce le métier de navigateur. En 1871, il est nommé gardien de phare ou gardien de lumière, comme on se plaisait à dire à l’époque. Il reçoit un salaire de 500 $ annuellement. Au recensement de 1891 et à celui de 1901, il est indiqué qu’il est gardien de phare. Il a occupé ce poste durant 30 ans, jusqu'en 1901, année de sa retraite.

 

C’est Tancrède Pelletier, son beau-fils, qui le remplace. Nous croyons, toutefois, que Côté a continué à résider, un certain temps, dans la maison-phare avec lui. 

« Paul Côté, le premier gardien du phare de l'Ïle-aux-Oeufs, comme les autres gardiens qui vinrent après lui, était le type du vrai Canadien français poli, galant, hospitalier, aimant à rire et à s'égayer. » Damase Potvin, Le Saint-Laurent et ses îles. 

 

Faucher de Saint-Maurice raconte qu'un soir, vers la fin de l'automne 1872, la lumière du phare se brisa... « pendant cinq semaines, cet automne-là, et cinq semaines au printemps suivant, homme, femme, filles et enfants tournèrent à bras le mécanisme de la lumière du phare. Pendant ces interminables nuits, où les englures, les insomnies et l'énervement s'étaient donné rendez-vous dans cette tour; pas une plainte ne se fit entrendre. Personne, depuis l'enfant de dix ans jusqu'à la femme de quarante, ne fut trouvé en défaut; et le phare de l'Île-aux-Oeufs continua, chaque minute et demie, à jeter la lumière protectrice sur les profondeurs orageuses du golfe. Que de navires, sans le savoir, furent sauvés, ces années-là, par l'héroisme obscur de Paul Côté, de sa femme et de ses filles. » Pomerleau, Jeanne, Gens de métiers et d'aventures, «Le gardien de phare», extrait de «Les Îles : promenade dans le golfe Saint-Laurent» de Faucher de Saint-Maurice.

​2e gardien: Tancrède Pelletier

 

​● Tancrède Pelletier, beau-fils de Paul Côté le précédent gardien, il est le 2e gardien du phare de l’Île-aux-Oeufs et occupe sa fonction du 1er juillet 1901 au 30 juin 1911. ​Selon Ferdinand  Bélanger, Tancrède Pelletier, issu du mariage du notaire Norbert Pelletier et de Mathilde Michaud, est né le 2 juin 1857, à Sainte-Hélène-de-Kamouraska. Suite au remariage de sa mère avec Paul Côté, Tancrède ainsi que ses frères et soeurs vont résider à l’Île-aux-Oeufs. Il est fort possible que Tancrède ait appris le métier de gardien de phare, en assistant son beau-père le gardien de phare Paul Côté, alors qu'il résidait sur l'Île-aux-Oeufs.  À la fin de son contrat, Ferdinand Bélanger mentionne qu'il serait allé rejoindre sa famille à Cap-Chat où il décède le 15 septembre 1919, à l’âge de soixante-deux ans.

Avant d'occuper le poste de gardien de phare, le recensement de 1891 nous apprend qu’il a été d'abord commerçant, puis garde-forestier, d'après le recensement de 1901. Le recensement de 1911 mentionne qu’il est célibataire, gardien de phare et qu’il réside avec sa soeur Malvina à l’Île-aux-Oeufs. Il aurait ainsi passé quarante ans de sa vie sur l’île.

 

3e gardien: Elzéar Chouinard​

 

● Elzéar Chouinard, originaire des Îlets-Caribou, 3e gardien du phare de l'Île-aux-Oeufs. Il occupe son poste de gardien de phare du 1er juilllet 1911 au 4 mai 1937, soit pendant plus de 25 ans. Il se retire à l'âge de 70 ans et laisse la place à son fils, Émile, alors âgé de 34 ans. Ce dernier travaillait comme assistant-gardien de son père depuis quelques années. En 1918-1919, son fils aîné Albini, gravement blessé durant la guerre 1914-1918, est de retour chez lui pour sa convalescence et travaille comme assistant-gardien de son père également au phare de l'Île-aux-Oeufs.​«M. Elzéar Chouinard, en poste du 1er juillet 1911 au 4 mai 1937, était le fils d'une famille pionnière des Îlets-Caribou.» L'auteur bien connu, Damase Potvin, mentionne que «ce gardien était très généreux et hospitalier avec les navigateurs et les pêcheurs qui étaient nombreux, autour de l'île, à cette époque.» Beaudin, Réjean et Brisson, Marc, L'Île-aux-Oeufs, un patrimoine maritime à découvrir, La Revue d'histoire de la Côte-Nord, No. 8, Mars 1988.​Le 8 janvier 1938, le roi Georges VI a décerné la Médaille du Service impérial à plusieurs membres de la fonction publique de l'empire britannique pour service long et méritant. Elzéar Chouinard a reçu cette médaille pour son service au ministère des Transports du Canada pendant 25 ans, de 1911 à 1936, comme gardien de phare de l'Île-aux-Oeufs.​​

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4e gardien: Émile Chouinard​

 

● Émile Chouinard, fils d’Elzéar Chouinard, 4e gardien du phare de l'Île-aux-Oeufs. Il occupe le poste de gardien de phare sur l'île du 5 mai 1937 jusqu'en février 1958. Par la suite, il remplace le gardien de phare au phare de Métis-sur-Mer de 1958 jusqu'à son décès en 1959.« Mon père (Émile Chouinard) était gardien du phare de l'Île-aux-Oeufs (Eggs Island, comme on le disait alors au gouvernement fédéral), comme l'avait été son père avant lui. Depuis 1908, la famille Chouinard occupait l'île en maître et seigneur: en effet, le phare de l'Île-aux-Oeufs en était un de moindre importance pour la navigation, il n'était pas doté de criard à brume et un seul gardien, avec bien sûr sa famille, était nécessaire à la bonne marche du phare... C'est sur cette île que je passe les treize premiers étés de mon enfance avec ma famille. Nous passions, question de commodité, les hivers au village de Baie-Trinité; il n'y avait bien sûr pas d'école sur l'île. Mais les étés, nous étions la seule famille à occuper l'île que nous considérions comme un immense et fabuleux terrain de jeux privé. » L'Île-aux-Oeufs. Entre la légende et la vérité..., Laval Chouinard, La revue d'histoire de la Côte-Nord, No. 16, Mai 1992, pages 14-15.

 

​5e gardien: Ange-Henri Dugas

 

● Ange-Henri Dugas est le 5e gardien du phare de l'Île-aux-Oeufs. Né à Rivière-Pentecôte le 18 juin 1928, il est le fils d'Émile Dugas et de Juliana Chouinard, une des filles du gardien de phare Elzéar Chouinard, dont la mariage a été célébré à la chapelle du phare de l'Île-aux-Oeufs le 15 juillet 1922. Ce petit-fils d'Elzéar Chouinard prend la relève de son grand-père, à l'âge de trente ans, comme gardien du phare de l'Île-aux-Oeufs de 1958 à 1965. Ange-Henri Dugas a épousé Anita Dugas et est décédé le 21 août 2008. Il est le frère de Noëlle Dugas, Guy-Marie, Georges-Émile, Renée, France, Claude, J.-Marie, et J.-Gérald Dugas.

 

​6e gardien: Francis Poulin

 

● Francis Poulin, né le 29 octobre 1906, originaire de Baie-Trinité, il est le 6e et dernier gardien du phare de l'Île-aux-Oeufs, dont il occupe le poste de 1965 à 1969. Le gouvernement procède à la démolition du premier phare de l'île et de la maison-phare dans les années 1970.​ Il est le frère de Jean-Marie Poulin, lequel a épousé Gabrielle Chouinard, la plus jeune des filles du gardien de phare Elzéar Chouinard, à la chapelle du phare le 11 août 1936.​

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Le phare de l'Île-aux-Oeufs, huile sur toile, réalisée par Magella Simard Chouinard, Québec, 1980

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